Partager l'article ! Epices partout !!!!: Vendredi 1er août. Nous avons laissé la plume depuis déjà une semaine, mais nous ne serons pas en peine de remonter dans ...
Vendredi 1er août. Nous avons laissé la plume depuis déjà une semaine, mais nous ne serons pas en peine de remonter dans le temps, et
de parcourir à nouveau l’espace, car les images sont encore bien fraîches. Enfin … « fraîches » n’est sans doute pas le terme le plus approprié comme vous allez vous en rendre
compte. Pour ceux qui suivent notre petit périple, n’hésitez pas à mettre des commentaires et à aller consulter les pages thématiques ainsi que les photos.
Nous ne sommes pas partis de Jodhpur le jour dit mais le lendemain. Nous étions bien dans cette petite ville qui rappelons-le, frôle le million d’habitants, mais à l’échelle de l’Inde, qu’est-ce
donc, je vous le demande ?.. Nous sommes bien partis toutefois en quête d’épices que nous avons fini par trouver après moults pérégrinations et tractations infructueuses. Nous avons commencé
par des échoppes à touristes situées près de la Tour de l’Horloge, testant le safran, rare et cher et dont ils se servaient pour alpaguer les occidentaux et leur vendre le reste de leur
camelote.
Voici le procédé usité par ces filous vendeurs de mauvaises épices…
Ils s’approchent, parfois souriant, parfois apitoyants, parfois businessmen… Quand ils arrivent à en rapatrier quelques uns vers leur boutique, ils les assoient sur des bancs drapés de tentures colorées et leurs servent une tisane de leur cru, la même chez tous les vendeurs, dont ils louent les vertus régénératrices : le cœur, le foie (comment diable savent-ils que les français ont le foie accablé ?), les reins, l’estomac, les
intestins… et j’en passe et des meilleurs. Puis ils sortent de sous une table un sachet magique, où se mélange pêle-mêle cannelle, cardamome, gingembre et faux safran. Lorsque, d’ailleurs, on
leur demande du safran, ils s’affairent à expliquer que c’est le pistil d’un crocus qui pousse dans le cachemire en nous montrant photo et coupe
longitudinale et nous précise qu’il en existe du faux et du vrai. Pour étayer leurs dire ils nous font gouter, toucher, voir… On les croit, y’a du
bon et du pas bon. Ils possèdent d’ailleurs tous les deux types en quantité romanesque. C’est étrange de discourir sur le fait que le faux safran n’a aucun goût et est fait, pour l’un avec des
fibres de noix de coco, pour l’autre avec du papier journal et d’en proposer à la vente… . Ils présentent aux touristes des masalas (mélanges d’épices) pour absolument tout type
d’ingrédient : patate masala, poulet masala, haricot masala, riz masala, poisson masala,
ma salade masala. Une arrivait même à expliquer à un public de français, anglais,
espagnol et chinois dans leur langue natale les différentes méthodes de préparations. Ca donnait un truc comme ça : « You take poulet con powder et Jiu 酒Bon Good Bueno Jiā 嘉 … »
Un moment surréaliste dans le monde du touriste aux pays des roupies. Et nous repartons les mains jaunies de safran mais vides avec cependant la vessie surchargée de leur tisane qui en tous cas,
après un litre et demi, est extraordinairement diurétique...
A dire vrai, cette sensation, consciente sur le moment , d’être vraiment pris pour un touriste, donc pour une pompe à roupies, n’est pas des plus agréables à moins que, comme Greg, vous preniez tout cela avec du recul et beaucoup
d’humour parce que vous savez au fond de vous que vous n’allez rien leur prendre. Nous décidons de nous écarter de la vieille ville et de sortir des remparts pour nous retrouver au cœur de la
vraie cité, vivante et laborieuse. C’est en rentrant du restaurant que nous nous arrêtons devant L’Epicerie que nous recherchions. Un magasin sans chichi ni tralala, ouvert sur la rue, dont le
patron un vieux Sikh avec son turban sur la tête et un sourire à décrocher des montagnes, nous salue puis s’en retourne vers ses autres clients, comme si nous n’étions pas là, ou presque. Ne pas
être pris pour un touriste dans un pays où on l’est, requiert un véritable travail. Il faut les trouver les petits endroits comme celui-ci, où l’on est comme les autres, ni plus ni moins que
quelqu’un qui veut acheter des bons produits. Car c’est effectivement ce que nous allons trouver. Une caverne d’Ali Baba regorgeant de tout ce pourquoi nous étions partis en quête, et excellent
qui plus est. Nous allons lui acheter des épices, du safran, du thé, bref… plus de 4 kg supplémentaire dans le sac à dos… Quand on aime…